Il est apparu nécessaire de mettre en place des politiques de préservation de l'information numérique. Être capable de conserver en parfaite sécurité des informations numériques à long terme suppose une gestion rigoureuse des données et des moyens qui ne sont pas forcément à la portée des particuliers et des entreprises.

Ce sont donc, en premier lieu, les grandes institutions qui aujourd'hui mettent en place des politiques et d'importants projets de sauvegarde de notre patrimoine mondial. Des solutions se développent aussi pour faciliter la sauvegarde du patrimoine intellectuel des entreprises et du patrimoine personnel des individus.
Toutefois, la préservation de l'information numérique implique une gestion complexe qui reste souvent l'affaire de professionnels.

A. Une gestion complexe

Une politique efficace de préservation de l'information numérique implique de prendre en compte un certain nombre d'éléments factuels. À la complexité croissante des objets numériques qui peuvent intégrer du texte, des images, de l'audio et de la vidéo en divers formats, s'ajoute la croissance rapide de ces objets numériques ainsi que la prolifération des normes et des formats.
Aujourd'hui, les exigences d'accès à long terme lors de la création de produits numériques ne sont presque jamais prises en considération. Et il convient de mettre l'accent sur l'absence de normes suffisamment répandues qui pourraient garantir l'accès sur le long terme de l'information archivée au format numérique. Certes, L'ISO (Organisation intenationale de normalisation) a récemment adopté (en septembre 2005) la Norme d'archivage électronique ISO 19005 sous le titre Format de fichier de documents électroniques pour une conservation à long terme. Mais ctte norme reste encore relativement confidentielle.

Une part de plus en plus importante de l'information, dans la plupart des domaines de l'activité humaine, est produite au format numérique (numérité, selon le mot trouvé par Marie-Anne Chabin). Cette information, créée chaque jour, est conçue pour être utilisée et donc modifiée à tout moment sur ordinateur. Mais ce patrimoine numérique risque fort d'être perdu si l'on ne met pas au point des techniques et des politiques spécifiques de conservation et de protection.
En effet, nous ne sommes jamais à l'abri d'un acte de malveillance ou d'une mauvaise manipulation. Dans le domaine du numérique, le résultat peut s'avérer rapidement catastrophique. Pour exemple, le site web de la Maison Blanche (www.whitehouse.gov) aurait été effacé quand Georges W Bush est devenu président. Tous les discours et communications officielles de Clinton ont disparu en une seule nuit. Fort heureusement, la plupart de ces contenus avaient été sauvegardés par la National Archives et Records Administration (NARA), qui a archivé plusieurs versions du site tout au long des années de la présidence Clinton.

B. Une affaire de professionnels

La préservation de ce patrimoine numérique demeure une affaire de spécialistes. La profession d'archiviste, connu de longue date et structurée depuis deux siècles en France s'est bien sûr préoccupée de ces questions qui ne sont pas neuves pour elle mais dont les techniques se déplacent elles aussi vers l'informatique. Il s'agit de répondre d'une nouvelle manière aux questions classiques.
Comment organiser efficacement ses informations ? Comment archiver correctement cette masse d'information ? Les archivistes, recoupant en cela une partie du métier de documentaliste, se soucient aussi des documents vivants (encore utiles aux usagers) en tant que futurs objets de mémoire qu'ils auront à traiter. Ils sont très conscients du fait que plus les documents vivants sont bien organisés, plus il sera simple de les archiver.

À défaut d'archiviste dans la plupart des petites entreprises et chez les particuliers, un certain nombre de règles simples peuvent déjà être appliquées.
D'une manière générale, il est conseillé de pratiquer des sauvegardes régulières, de vérifier ces sauvegardes à chaque opération, de déposer ces archives vivantes en plusieurs lieux, dans un endroit sec, avec peu de variations de température et à l'abri du soleil. En cas de détérioration du matériel informatique ou des logiciels, il faut avoir recours à des compétences spéciales pour tenter de récupérer l'information numérique perdue.
Mais quelle information numérique conserver en priorité ? C'est là qu'il serait utile de s'appuyer sur les compétences éprouvées des archivistes pour cette question, en liaison avec les informaticiens et les usagers.

Le volume de données à conserver est impressionnant. D'ailleurs, selon une selon une récente étude de la School of Information Management and Systems de l'Université de Californie de Berkeley, « la production mondiale annuelle totale d'imprimés, de films, de contenus optiques et magnétiques nécessiterait environ 1,5 milliard de giga-bits de stockage. C'est l'équivalent de 250 mégabits par personne pour chaque homme, chaque femme et chaque enfant vivant sur Terre ».
Selon cette étude, l'ensemble de tout ce qui est imprimé n'atteindrait même pas 0,003 % de tout le stockage de données incluant photos et films, enregistrements sonores ou encore le web.

D'ailleurs, ce nouveau média - avec ses milliards de pages, ses forums de discussion, ses photos, ses fichiers audio et vidéo - s'est imposé comme un témoin incontournable de la société dans laquelle nous vivons. L'Internet participe donc aujourd'hui à la constitution de notre mémoire, de ce patrimoine numérique qui s'enrichit jour après jour.

On comprend mieux l'ampleur de la tâche et la nécessité de faire des choix dans la conservation de ce patrimoine numérique.


|cc| Fabrice Molinaro - février 2006

Voir aussi : Patrimoine numérique : introduction - Vers une meilleure conservation de notre mémoire ?