Le récent Rapport parlementaire du Sénat sur la Filière du livre à l'heure du numérique (voir notre actualité du 9 juin dernier) illustre parfaitement les inquiétudes et tâtonnements des acteurs économiques et législatifs face à la révolution du numérique.

Comme nous l'évoquions récemment (notre actualité du 12 mai) le modèle économique de l'édition est tout simplement en train d'imploser. L'éditeur n'est plus aujourd'hui cet unique "passeur" de culture et de connaissance qu'il aimait à se définir. Dès lors, il n'est plus indispensable.

Si la Révolution française a eu à coeur de remettre l'auteur au centre de la production intellectuelle en lui conférant une propriété sur son oeuvre, contre l'ancien privilège du libraire (métier qui incluait l'impression et la publication des ouvrages), les éditeurs se sont bien rattrapés tout au long des 19ème et 20ème siècles pour reconquérir la position et dicter leurs lois aux auteurs. Nous ne le répéterons jamais assez, si l'auteur l'existait pas, l'éditeur et le circuit éditorial n'aurait rien à vendre : pourquoi dès lors ne rémunérer l'auteur qu'un faible pourcentage du prix de vente de son oeuvre ? Nous n'hésiterons pas à répéter notre slogan : Producteurs d'artichauts, auteurs : même combat ! (notre actualité du 17 mars 2008)

Dans ce contexte, pas étonnant que les auteurs lassés d'être exploités — ici, le droit d'exploitation de l'auteur prend un sens bien singulier... — et enfin libérés du monopole des éditeurs, cherchent — et trouvent — d'autres modèles économiques leur offrant des débouchés plus directs et plus productifs pour eux (voir notre actualité précitée du 12 mai).

Pas étonnant non plus que le modèle économique du circuit éditorial connaisse dans l'avenir des révisions déchirantes, duquel les éditeurs, maillon en passe de devenir intuile, pourraient bien disparaître, logiquement, selon la loi de la sélection naturelle.

Il est certain que les nouveaux modes de réalisation à coût marginal, et de distribution du livre électronique passant directement de l'auteur au lecteur sur sa tablette de lecture, vont pouvoir se passer des nombreux intermédiaires grâce à l'achat direct sur le Net.

Pour le moment, le mouvement impacte essentiellement le monde de la connaissance et du documentaire (on sait par une étude que Wikipédia, réserve faite de quelques bavures idéologiques, n'est ni meilleure ni moins bonne qu'aucune des grandes encyclopédies de référence du monde papier) avec sa cohorte de sites d'information professionnelle et scientifique de qualité, en Open Access ou pas, qui sont autant d'ouvrages qui ne seront jamais imprimés.

Mais dès que les tablettes de lecture électroniques seront au point et bien lancées (la sortie de l'Ipad participe de cette irrésistible ascension de l'e-book), la voie sera pleinement ouverte pour des circuits économiques courts, y compris pour le domaine de la fiction ou du culturel (romans, nouvelles, poésie...)

Répétons-le, l'un des arguments mortels du monde classique de l'édition papier pourrait bien être l'Écologie : pourquoi continuer d'abattre des forêts pour permettre l'expression des créateurs dès l'instant qu'ils peuvent le faire sur un support dématérialisé ?

Le photocopillage tue le livre, lit-on sur les pages de garde des ouvrages papier... Mais le livre ne tue-t-il pas la planète ? De là à ce que des écologistes intégristes plaident pour le paiement d'un droit à polluer à la charge des éditeurs papier, il n'y a qu'un pas qui pourrait être allègrement franchi en période de Grenelle de l'Environnement.