Nous signalions, il y a peu (notre brève du 14 novembre dernier) l'initiative conjointe de l'Université libre de Bruxelles et des éditions de cette université pour publier en pdf et en accès libre les ouvrages épuisés de cette maison d'édition.
Cette fois c'est l'Université de Liège qui lance une initiative conforme à la déclaration de Berlin sur le libre accès aux publications scientifiques par autoarchivage.
Le Recteur de l'Univversité de Liège, le Professeur Bernard Rentier, a lancé le 18 octobre 2007  "EurOpenScholar" : "une vitrine et un outil pour la promotion de l’OA en Europe". Il s’agira, précise le recteur "d’un consortium d’universités européennes résolues à avancer dans cette voie et à tenter de convaincre le plus grand nombre possible de chercheurs de se lancer dès à présent dans ce qui sera à coup sûr le mode de communication de demain, ainsi que le plus grand nombre possible d’organismes finançant la recherche en Europe. C’est effectivement la période de transition qui sera la plus difficile. Notre but est de la faciliter au mieux et donc de raccourcir au maximum le passage d’une ère à la suivante."

Source : communiqué du Recteur Rentier sur son blog (à lire pour en savoir plus sur cette initiative ) :
recteur.blogs.ulg.ac.be/?p=151

La prise de conscience fait donc son chemin, autour de cette idée simple, terriblement décapante pour le monde de l'édition scientifique : naguère, pour diffuser la pensée scientifique, il fallait passer par le support papier, seul vecteur de diffusion connu. C'est ce qui a fondé et justifié l'exitence économique des éditeurs scientifiques (on peut y ajouter l'édition professionnelle).

Aujourd'hui, le vecteur papier est sérieusement remis en cause, du moins fortement concurrencé par le vecteur numérique, un vecteur que chaque auteur peut mettre en œuvre à coût marginal. L'auteur crée lui-même son texte ainsi que sa mise en forme grâce au traitement de texte. Le passage de ce texte sur une plateforme web se fait aujourd'hui sans difficulté technique grâce aux outils du Web 2.0 plus encore qu'avant. Et sans aucun coût.
Le rôle économique des éditeurs — même sur support numérique à accès payant — se trouve donc purement et simplement nié. Tout le monde comprend qu'aujourd'hui, il devient possible de se passer d'eux.

On objectera qu'un éditeur scientifique apportait aussi la garantie de sérieux d'une publication. Certes, mais il peut aussi sciemment éliminer le scientiquement incorrect, "contrôle" tout aussi néfaste au progrès scientifique véritable que la libre publication de tout et n'importe quoi. Mais cet écueil est levé par les instances scientifiques elles-mêmes, telles que les universités qui, de plus en plus, prennent en main la publication scientifique. Le contrôle scientifique demeure sur ces plateformes de plus en plus nombreuses d'autoarchivage. La gratuité de l'accès à la connaissance ne suppose pas fatalement une absence de rigueur scientifique et les comités scientifiques ne sont pas l'apanage des éditeurs.

Les modèles économiques de la diffusion de la pensée scientifique — et professionnelle — changent à grande vitesse. Il semble que les derniers à l'admettre soient les éditeurs eux-mêmes.

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11 décembre :
Nous avons reçu une mise au point du Professeur Bernard Rentier, Recteur de l'Université de Liège et initiateur d'EurOpenScholar.
Le caractère succinct de notre brève ne nous a pas permis d'affiner notre propos qui de ce fait peut prêter à confusion. Nous souscrivons tout à fait à la mise au point reçue et, en accord avec son auteur, c'est avec plaisir que nous la publions intégralement pour préciser ses intentions et notre propos.
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Bonjour !

Merci d'avoir mentionné l'action d'EurOpenScholar.

J'aimerais cependant rectifier ici une idée qui n'est pas la nôtre et avec laquelle je ne voudrais pas qu'il y ait d'amalgame. Quand vous dites: "On objectera qu'un éditeur scientifique apportait aussi la garantie de sérieux d'une publication", je vous dirai que nous ne pensons pas que cette garantie soit apportée par les éditeurs professionnels. Elle a été en tout premier lieu exigée par les chercheurs, soucieux de la qualité et de la rigueur scientifique de leurs lectures. Elle a en outre toujours été assurée par les chercheurs eux-mêmes car, après tout, les "peer reviewers", les pairs, ce sont EUX ! Si les chercheurs reprennent en main l'édition scientifique, rien ne changera ; ni leur exigence de qualité, ni leur exigence de rigueur. Et ils continueront à l'assurer eux-mêmes. Vous dites que "l'éditeur professionnel peut aussi sciemment éliminer le scientiquement incorrect". Je crains que cette affirmation, non seulement soit incorrecte (du moins, je l'espère!) mais aussi conduise à l'idée fausse que l'Open Access ait le pouvoir d'éliminer ce travers inacceptable qui doit être assumé par les pairs bien plus encore que par les éditeurs. Je plaide pour l'Accès Libre, mais je ne commettrai pas l'erreur de me contredire : les chercheurs assurent la contrôle de qualité des articles à publier ("peer reviewing") exactement de la même manière, que l'article soit publié en accès libre ou en accès payant. C'est d'ailleurs pourquoi l'Accès Libre a un coût. Les avantages et les inconvénients du "peer reviewing", ses forces comme ses faiblesses, sont donc les mêmes en accès libre comme en accès payant. Comme vous le dites parfaitement: "La gratuité de l'accès à la connaissance ne suppose pas fatalement une absence de rigueur scientifique et les comités scientifiques ne sont pas l'apanage des éditeurs". Je partage totalement cet avis et il est important de le dire et de le répéter.
Bien à vous,

Bernard Rentier